Le Syndicat National des Prestataires des Marchés Publics ( SYPREMAP) au journal EMERGENCE

Le Ministre Délégué à la Présidence de la République Charge des Marches Publics a récemment suspendu 336 entreprises pour 2 ans de la commande publique, est-ce que cette décision vous laisse de marbre ?

Il est tout à fait évident qu’une décision aux conséquences aussi dramatiques ne peut laisser impassible des responsables d’une organisation syndicale sérieuse, .nous qui sommes des acteurs de premier choix dans ce secteur aussi complexe, puisque nous connaissons toutes les difficultés et les énormes risques que nous rencontrons au quotidien, c’est vraiment avec un cœur serré que nous pouvons avaler ces couleuvres.

La décision du ministre date du 08 mai dernier or, en tant que syndicat, il vous a fallu plus d’un mois pour réagir pourquoi cela?

Notre problème, ce n’est pas la célérité dans la réaction qui importe à nos yeux, c’est la prise du temps pour investiguer et questionner ceux des nôtres qui sont victimes de cette mesure. C’est après avoir fait le recoupement de l’information que nous sommes sortis de notre mutisme en saisissant d’une manière officielle, le MINMAP par correspondance n°313/SG/PN du 03 juin 2019 pour lui faire part de nos appréhensions étant convaincu que ses services ont fait quelques erreurs qui méritent d’être réexaminées.

Vous fustigez dans un communiqué de presse le timing de la décision ministérielle pourquoi ?

Nous avons dans cette décision, des marchés signés pour certains en 2012, 2013, 2014 ce qui signifie que les délais sont largement dépassés depuis plusieurs années. Alors, la question que nous nous sommes posée c’est qu’est-ce qui n’a pas marché? Pourquoi avoir attendu pratiquement près de cinq ans pour sortir une telle décision? Est-ce une défaillance dans le système de contrôle? Au quel cas, des responsabilités devraient être dégagées et les sanctions appliquées. Nous pensons que les fonctionnaires qui font leur travail avec légèreté doivent être mis face à leurs responsabilités afin qu’ils en répondent.

Pensez-vous que le gouvernement se doit de ne pas réagir alors que des entreprises qui ont de manière contractuelle pris des engagements abandonnent les chantiers?

L’État est bien évidemment dans son rôle de prendre des décisions quand des manquements graves sont constatés, il y va de soi, nous ne voulons pas jouer ici aux avocats du diable. Nous reconnaissons qu’il y a toujours des brebis galeuses dans tout corps de métier. Le problème ce n’est pas d’avoir un père fouettard qui réprime mais qui peut aussi reconnaître en toute humilité ces limites: ai-je payé les avances de démarrage des travaux? les décomptes sont-ils payés à temps? Les factures pour les anciennes prestations sont-elles payées à l’entreprise? Les riverains ont-ils été indemnisés à temps pour la poursuite sereine des travaux du chantier? Qu’il nous plaise de signaler que les entreprises ont les charges de fonctionnement et des engagements avec les partenaires financiers et techniques ceci conditionnent leur bonne marche. Lorsqu’un seul maillon manque à la chaine c’est tout le système qui est grippé plombant ainsi le résultat final.

C’est vrai que dans la décision du MINMAP, il y a des cas questionnables mais reconnaissez aussi que certains prestataires sont en tort est-ce qu’il n’est pas également opportun pour vous de définir les responsabilités de ceux là?

Notre action ne viserait pas à  défendre les prestataires indélicats, c’est pour cela que le respect du bien public a un caractère sacré dans la formation de nos camarades.  Les séminaires de formation et d’information restent nos instruments de prédilection. Notre dernière activité en date du 24 avril 2019 dans la salle de conférences de la chambre de commerce avec l’accompagnement de notre partenaire institutionnel le MINISTERE DELEGUE A LA PRESISIDENCE DE LA REPUBLIQUE CHARGE DU CONTRÔLE SUPERIEUR DE L’ETAT DU CAMEROUN est très éloquente.

Je voudrais revenir sur certains cas qui ont retenu particulièrement notre attention. Le cas de ces entreprises qui ont réalisé à 60 voire parfois à 70/100 leurs bases contractuelles mais qui, pour des raisons d’insécurité dans la région du Nord-Ouest (comme il est stipulé clairement dans la décision du MINMAP comme raison de la résiliation de leur contrat et de leur exclusion de la commande publique pour une durée de 2 ans),  ont abandonné les chantiers.

C’est un secret de polichinelle que les gouverneurs et les préfets sont parés de gilet et même parfois c’est dans des chars d’assaut et lourdement escortés qu’ils font des déplacements dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Alors, suspendre des prestataires pour cette raison me parait grotesque. Ces cas comme certains d’autres mériteraient une attention particulière et un peu plus de compréhension de la part de l’autorité en charge des marchés publics.

Ce n’est pas la première fois que l’État sort le couperet vis-à-vis des prestataires indélicats   pourquoi ce n’est que pour ce dernier que vous sortez de votre réserve.

Le syndicat défend les intérêts de ces membres nous l’avouons, nous n’avions aucun des nôtres qui étaient concernés par l’ancienne mesure qui date d’il y a quelques années.  Nous voulons contribuer à la construction d’un pays debout qui a des règles que nous devons tous respecter, des valeurs inaliénables,  le bien public, le bien de tous les camerounais gage de leur devenir et de leur bien-être. C’est d’ailleurs notre cheval de bataille pour beaucoup plus d’équité et de transparence dans la passation de la commande publique.

Avez-vous saisi le MINMAP pour lui afficher votre désapprobation ?

Le MINMAP est notre ministère de tutelle, nous avons tous en commun une vision futuriste en ce qui concerne les conditions d’accès à la commande publique avec la soumission en ligne à travers la plateforme numérique COLEPS (Cameroon Online eProcument System) où nous nous impliquons avec un engagement avéré. Il est donc tout à fait évident que notre premier reflexe a été de nous tourner vers  lui pour lui faire part de  notre note d’analyse en suggérant un réexamen de la sanction pour certaines entreprises pouvant mériter des circonstances atténuantes.

Votre mot de fin !

Pour conclure, je voudrais très humblement inviter mes camarades prestataires à prendre davantage au sérieux et avec beaucoup plus de responsabilité, leur rôle dans la construction de notre pays puisque nous jouons un rôle névralgique en ce qui concerne la création de la richesse, la création des emplois, le bien-être de nos concitoyens et la prospérité de notre nation.

Mon invitation aux pouvoirs publics, à tous ceux qui de prêt ou de loin sont mêler dans le processus de la commande publique, à combattre la corruption, le phénomène de retro commissions, le tribalisme, le nombrilisme, le sectarisme qui plombent l’émergence de notre cher et beau pays le Cameroun. C’est le pays de tous les camerounais. Que le vivre ensemble ne soit pas un simple slogan, une fourberie mais, une réalité palpable faisant de nous les enfants d’une même nation, parce que nous partageons tous ensemble les fruits dont la nature a bien gratifiés notre adorable pays. /-

Journal Emergence